/ FAMICOM (NES)

La Renaissance du Jeu Vidéo

Publicité de la Nintendo Entertainment System (NES) and Famicom
Lancée au Japon en juillet 1983, la Family Computer (ou Famicom) de Nintendo a radicalement transformé l'industrie du divertissement numérique. Après le krach du jeu vidéo de 1983 aux États-Unis, c'est cette console qui a relancé le marché mondial sous le nom de Nintendo Entertainment System (NES).
Avec son design iconique rouge et blanc au Japon, et ses manettes dotées de la fameuse croix directionnelle (D-pad) inventée par Gunpei Yokoi, la Famicom a imposé des standards de gameplay et de qualité qui perdurent encore aujourd'hui.

Spécifications Techniques

  • Processeur : Ricoh 2A03 (basé sur le MOS 6502) cadencé à 1.79 MHz
  • Mémoire Vive (RAM) : 2 Ko (plus de la mémoire vidéo dédiée)
  • Affichage : Résolution de 256x240 pixels, 25 couleurs simultanées sur une palette de 52
  • Son : 5 canaux (2 carrés, 1 triangle, 1 bruit blanc, 1 échantillonnage PCM)
  • Média : Cartouches ROM (et Famicom Disk System au Japon)

Un catalogue de légendes

La Famicom a vu naître les plus grandes franchises de l'histoire : Super Mario Bros., The Legend of Zelda, Metroid, Final Fantasy et Dragon Quest. Elle a instauré le système de licences tierces, obligeant les éditeurs à respecter des critères de qualité stricts (le "Seal of Quality").
Vendue à plus de 61 millions d'exemplaires à travers le monde, elle reste le symbole absolu de l'ère 8-bit et de la domination japonaise sur le jeu vidéo des années 80.

Le Contexte : Un Marché en Pleine Déroute

Au début des années 80, le marché américain est saturé de consoles de qualité médiocre et de jeux injouables. Atari, le géant d'alors, a inondé les rayons de titres bâclés comme l'infâme adaptation d'E.T. l'extra-terrestre. La confiance des consommateurs et des revendeurs est rompue. Les magasins de jouets refusent désormais de stocker tout ce qui ressemble de près ou de loin à une console de jeux.
À Kyoto, Hiroshi Yamauchi (山内 溥), le président impitoyable de Nintendo, voit dans ce chaos une opportunité. Son entreprise a déjà goûté au succès avec les jeux d'arcade Donkey Kong et les écrans LCD des Game & Watch. Yamauchi donne alors un ordre simple mais ambitieux à son ingénieur en chef, Masayuki Uemura (上村 雅之) : concevoir une console qui soit à la fois plus puissante que la concurrence, moins chère à produire, et capable de faire tourner des conversions parfaites de leurs succès d'arcade.

La Stratégie de Nintendo : Le « Cheval de Troie »

Lancée au Japon le 15 juillet 1983, la Famicom arbore un design rouge et blanc évoquant un jouet convivial. Contrairement aux ordinateurs complexes, elle est pensée pour toute la famille. Mais sous son aspect inoffensif se cache une bête de course pour l'époque. Nintendo choisit le processeur Ricoh 2A03 (basé sur le 6502) et y ajoute des capacités graphiques dédiées pour gérer les sprites et les décors défilants, une prouesse alors réservée aux onéreuses bornes d'arcade.
Le succès au Japon est immédiat, malgré un rappel massif au début dû à un défaut de fabrication de la carte mère. En 1984, la Famicom écrase la SG-1000 de SEGA. Cependant, conquérir l'Amérique est une autre paire de manches. Pour contourner l'hostilité des revendeurs, Nintendo doit ruser. La console est redessinée pour ressembler à un magnétoscope, rebaptisée Nintendo Entertainment System (NES), et vendue non pas comme une console, mais comme un « Entertainment System » accompagné d'un robot, R.O.B., pour la faire passer pour un jouet technologique sophistiqué.

Le Développement : L'Exigence de Qualité

L'innovation de Nintendo ne fut pas seulement matérielle, elle fut aussi commerciale. Pour éviter que la NES ne subisse le même sort qu'Atari, Yamauchi impose un contrôle draconien sur les logiciels. C'est la naissance du « Nintendo Seal of Quality ». Chaque éditeur tiers devait soumettre ses jeux à l'approbation de Nintendo et était limité à un nombre restreint de sorties par an.
Techniquement, Nintendo introduit également des puces d'extension (les Mapper chips) à l'intérieur même des cartouches de jeu. Cela permettait à la console de dépasser ses limites initiales de mémoire et de graphisme, expliquant pourquoi des jeux de fin de vie comme Super Mario Bros. 3 sont graphiquement à des années-lumière des premiers titres. Les acteurs clés comme Shigeru Miyamoto (宮本 茂) réinventent alors le langage du jeu vidéo avec Super Mario Bros. et The Legend of Zelda, introduisant des concepts de sauvegarde et d'exploration inédits.

Impact et Héritage : La Renaissance Mondiale

L'influence de la Famicom sur Nintendo fut totale : elle a transformé une petite manufacture de cartes à jouer en un titan mondial de l'électronique. Sur l'industrie, son impact est incalculable. Elle a instauré le modèle économique moderne des consoles (vendre le matériel à bas prix pour se rattraper sur les licences de jeux) et a sauvé le marché américain de l'extinction.
La réception fut phénoménale. Malgré les doutes initiaux, la NES s'est vendue à plus de 61 millions d'exemplaires à travers le monde. Elle a créé une génération de joueurs pour qui « Nintendo » est devenu un nom commun pour désigner n'importe quelle console de jeux. Statistiques de ventes historiques sur le site de Nintendo.

Anecdotes et Détails Peu Connus

Saviez-vous que la couleur rouge et blanche de la Famicom originale n'était pas un choix purement esthétique ? Il se murmure que Yamauchi a choisi ces couleurs car c'était le plastique le moins cher disponible à l'époque, ou encore parce qu'il appréciait une écharpe arborant ces teintes. Au Japon, Nintendo a également lancé le Famicom Disk System, un lecteur de disquettes permettant de réécrire des jeux pour un prix dérisoire dans des bornes en magasin.
Une autre anecdote marquante concerne le bouton « Reset ». Masayuki Uemura a raconté que le design des manettes de la Famicom (directement inspiré de celles des Game & Watch) a été testé par sa propre famille pour s'assurer de sa robustesse. Aujourd'hui, la console reste l'icône ultime du pixel art et sa puce sonore, capable de produire des mélodies inoubliables malgré ses limites, continue d'influencer la musique contemporaine. L'histoire complète de la NES sur Wikipédia.
En conclusion, la Famicom n'était pas seulement une prouesse technologique, c'était une vision culturelle. En pariant sur la qualité et la simplicité au moment où tout le monde fuyait le secteur, Nintendo a prouvé que le jeu vidéo était un art pérenne. Elle a posé les fondations sur lesquelles repose encore toute l'industrie moderne, des blockbusters cinématographiques au jeu indépendant.
RETOUR AUX JEUX VIDÉO